L'Homme dépaysé

L'Homme dépaysé

Tzvetan Todorov

Language: French

Pages: 164

ISBN: 2:00357425

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Arraché à son milieu, tout homme commence par souffrir : il est plus agréable de vivre parmi les siens. Mais par la suite, le dépaysement peut fonder une expérience profitable. Il permet de ne plus confondre le réel avec l’idéal ou la culture avec la nature. L’homme dépaysé, pour peu qu’il sache surmonter le ressentiment né du mépris ou de l’hostilité, découvrira la curiosité et pratiquera la tolérance. Sa présence parmi les « autochtones » exerce à son tour un effet dépaysant : en troublant les habitudes mentales, en déconcertant par sa conduite et ses jugements, il favorise l’étonnement, premier pas obligé dans toute découverte de soi.Mon passage d’un pays à l’autre m’a enseigné tout à la fois le relatif et l’absolu. Le relatif, car je ne pouvais plus ignorer que tout ne devait pas se passer partout comme dans mon pays d’origine. L’absolu aussi, car le régime totalitaire dans lequel j’avais grandi pouvait me servir, en toute circonstance, d’étalon du mal. De là, sans doute, mon aversion simultanée pour le relativisme moral – tout se vaut – et le manichéisme du noir et du blanc. T.T.

Bones of the Lost (Temperance Brennan, Book 16)

Someplace Like America: Tales from the New Great Depression

How Humans Evolved (5th Edition)

Enemies of Civilization: Attitudes toward Foreigners in Ancient Mesopotamia, Egypt, and China (SUNY series in Chinese Philosophy and Culture)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

introduite dans son discours par le clivage entre public et privé, entre vérité d’adéquation et � vérité » de conformité, mais le sentiment de ne pouvoir échapper, quoi qu’il fasse, à la faute et à la culpabilité. C’est, paradoxalement, ce qui assure la vitalité du totalitarisme. Pratiquant massivement le dédoublement, la plupart des sujets du régime se tiennent pour quittes : dans ce qu’ils considèrent être leur vraie vie (le domaine privé), ils lui échappent. En réalité, le totalitarisme

être moral, mais elle ne vous y oblige pas non plus. Résultat, la référence à la morale a disparu des sociétés post-totalitaires. C’est là une performance inattendue : on pensait que, sous le totalitarisme, la vie morale avait atteint une sorte de fond, elle a pourtant réussi à encore baisser depuis. Comment se terminera cet épisode de l’Histoire ? Du temps du communisme, il me semblait qu’il suffisait de la chute de ce régime policier, de la fin de l’hypocrisie institutionnelle, pour que tout

d’adoption), souvent aussi le parti communiste ; ce sont par conséquent des traîtres. Or que vaut la parole d’un traître ? A ce prix, bien sûr, aucun témoignage ne serait jamais possible et seuls les morts auraient le droit de parler d’assassinats. Quand ils ne jouent pas sur l’esprit patriotard et xénophobe, les accusés se servent d’un autre sophisme dont ils choisissent d’ignorer la faille : ils présupposent que coexistence vaut identité. Toute association d’un témoin ou de ses paroles avec un

proviennent moins de raisonnements logiques que de nos besoins existentiels. La réalité est toujours suffisamment complexe pour fournir des illustrations à n’importe quelle thèse ; la rationalité instrumentale n’est le privilège de personne. En revanche, ceux qui sont chargés de défendre l’intérêt général, et non plus tel ou tel intérêt particulier, peuvent comprendre que certaines politiques, entreprises avec de bonnes intentions, perpétuent le mal plutôt qu’elles ne l’atténuent ; qu’il faut

� dictature du prolétariat ». L’ennemi est la grande justification de la terreur ; l’Etat totalitaire ne peut vivre sans ennemis. S’il en manque, il s’en inventera. Une fois identifiés, ceux-ci ne méritent aucune pitié. Maxime Gorki, premier � classique » de la littérature soviétique, est l’auteur de cette formule brutale : � Si l’ennemi refuse de se rendre, il faut l’anéantir. » Pour se faciliter la tâche, on commencera par le déshumaniser : les épithètes habituelles qu’on lui accole sont

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